#28 - La parole aux Pachydermes (épisode 16)
La parole aux Pachydermes
Babar ( Alex)
" Si j'aurais su, j'aurais pas v'nu" (cf ti gibus, la guerre des boutons)
Au départ nous sommes 4 Bmw de bonne famille élevées
au jus de bière et à la Bretzel, n'ayant pas demandé à venir dans ce pays de
fou. L'adoption forcée par quatre barbares alors que nous sommes dans la fleur
de l'Age relève purement et simplement du kidnapping et du mariage forcé. On
nous avait dit venez,vous verrez du pays, vous ne serez pas déçues.
Une Bmw ça se mérite et pour le coup ces 4
"Baltringues" semblent tout juste bons à conduire des 125 MZ, rappelons-nous ....
Les origines
Tentor: J'étais tranquillement
exposée dans la vitrine de chez Gauvin Moto, ma mère m'avait dit si tu te
comportes bien tu auras une belle vie et tu feras un beau mariage. Ton
propriétaire prendra soin de toi et tu auras droit à tous les égards. Ho!! ils
sont où les égards et les soins? Non mais t'as regardé la touche que je me
paye. Les copines de la concession m'avaient prévenu "Attention tu
peux tomber sur un gros lourd qui va te grimer n'importe comment". Le meilleur
dans cette histoire c'est que mon proprio, ce malfaisant, projette de partir aux quatre coins de l'Europe et forcément je suis du voyage, ho misère.
Manny: Je coulais des
jours heureux à Troyes. Mon propriétaire amoureux de belles mécaniques me dorlotait,
j'étais entourée de belles voitures de collection et je pensais vivre ce rêve éternellement,
mais un jour un malandrin venant du "C'hnor" est venu toquer à
la porte pour m'arracher à mon cocon. Certes ce n'était pas une
brute épaisse comme certains, mais son œil lubrique me laissait
imaginer le pire et puis c'est bizarre cette manie qu'il avait de
"farfouiller" en permanence sur le bon coin pour acheter
des accessoires en disant "le bon coin, c'est mon copain", ça ne présageait rien de bon. Bon ça y est j'ai découvert
le pot aux roses, ce fourbe veut m'emmener faire un périple en Europe.
Babar: "Je cassais la baraque" dans la vitrine de Ultimate Moto à Saint Maximin. Et
vas-y le petit coup de chiffon du vendeur chaque matin. Du haut de mes 1250
cm3, j'étais la reine du showroom, et j'adorais voir les lueurs d'envies des
potentiels acheteurs quand je faisais découvrir mes charmes. Mais la
malédiction est arrivée un beau matin quand un grand escogriffe au
verbe haut a franchi la porte du magasin où j'ai immédiatement compris que j'allais vivre
l'enfer. Certes ce cochon a bien respecté la période d'adaptation ou rodage,
mais j'ai vite su que ma vie ne serait pas un long fleuve tranquille. La « Cerise
sur le bateau" fut de découvrir au hasard d'une de ses conversations
téléphoniques qu'il s’apprêtait à partir pour un périple en Europe avec
ses potes et bien sûr je faisais partie du projet.
Colonel Hathi: Jamais je
n'aurais imaginé que le "demeuré" qui franchissait la porte de la
concession de Mareuil les Meaux à l'heure de sa pause après avoir visité la
concession Audi voisine, ferait le
chèque conséquent qui serait le début de mon malheur et m’arracherait à la
douce torpeur de mon magasin d'exposition. Comment imaginer que ma vie allait
basculer dans un "monde merdique" et que j'allais me retrouver
"bagnaudée" entre un pavillon de banlieue, puis un box sombre dans le
sud de la France pour enfin retrouver un sous-sol digne de mon prestige. Mais il y régnait une ambiance de préparation spéciale qui ne
présageait rien de bon. "Bon sûr mais c'est bien sang" ce
saligaud préparait un coup tordu genre périple au long cours en Europe
dans lequel j'étais un élément majeur.
Bon, les filles on ne se connait pas mais je crois que
nous savons toutes que les quatre mois à venir vont être une épreuve
alors il va falloir faire preuve de solidarité, car nous sommes bien
d'accord pour dire que nos "pilotes" sont surement les pires que nous
ayons pu avoir.
TENTOR: ne m'en parle
pas, le mien veut me faire greffer un putain de klaxon genre
"couquaratcha" c'est la chouma (honte en arabe).
MANNY: c'est
vrai t'as pas de bol, en plus il a l'air de ne pas être très
doué pour faire les paquetages. Sans vouloir te "jeter la pierre
Pierre" (cf le père Noël est une ordure) tu ressembles plus à une
roumaine faisant la manche à un feu rouge qu'à une moto d'origine "casque
à pointe". En même temps dans certains pays tu feras très locale.
COLONEL HATHI: c'est vrai
c'est un peu "portnaouak" il a passé le permis poids lourd ton
gugusse?
BABAR: Heu la
ramène pas trop toi avec ton tuyau de pvc qui dépasse en guise de
"fourre-tout» et tes sacoches dans tous les sens, tu n'es pas
non plus une gravure de mode.
Hé les filles on avait dit solidarité.
Nous voilà parties toutes les 4 pour 4 mois de vie
commune, alors forcément devant le défi qui nous attend nous devons faire front
car il y a fort à parier que nous allons prendre cher. Nos vies de motos
citadines vont prendre fin pour nous projeter dans un monde de brutes.
Notre départ est fait de la concession BMW de Nîmes où
les copines encore sans propriétaires exhibées dans le showroom lorgnaient
sur nos looks de baroudeuses. Pour le coup nous sommes l’attraction du
moment et c'est sous un tonnerre d'applaudissements que nos démarreurs lancent
nos fabuleux et légendaires "Flat twin» pour un parcours de plusieurs
milliers de kilomètres, qui nous en sommes certaines, ne serait pas qu'une
partie de plaisir.
Pour l'instant nous sommes belles et fringantes, le
dernier coup de polish est encore visible sur nos accastillages immaculés, mais
pour combien de temps?
Certes nous sommes réputées pour être les meilleures
motos du monde et quel que soit le terrain nous sommes au niveau.
Bien sûr notre embonpoint est souvent mis en avant et
certaines se gaussent de nos rondeurs, surtout ces petites frimeuses japonaises
jalouses de notre succès.
L'autoroute, les départementales, les chemins, le off-road, nous sommes à l'aise partout et au regard du road-book concocté par le
propriétaire de Manny, nos qualités seront sûrement mises à l'épreuve.
Voici donc les réflexions et autres états d’âmes des 4
pachydermes tout au long de ces 4 mois.
La vie de tous les jours
Les 4: Pouah
les gueux, regardez les à se restaurer à l'ombre d'une terrasse après nous
avoir malmenées toute la journée. Vous croyez qu'ils ont un geste envers nos
châssis qui ont vécu la torture. Mais que dalle, pas même un léger coup de
chiffon.
Babar: Non
mais vous le croyez, ces salopards nous ont mis à rude épreuve avec ce passage
off-road, ça me rappelle notre stage avec l'autre fou furieux de Yann Duprey de
Trail Attitude. Moi j'en ai ras les amortisseurs et ce n'est que le début,
alors pour la peine j'ai fait en sorte de larguer les piquets de tente
pour bien leur faire comprendre ma désapprobation.
Tentor: arrête tes
jérémiades tu veux !!! moi je vais te refiler le paquot que mon
baltringue de pilote m'a collé sur "les endosses" et tu vas
comprendre ma douleur.
Manny: Et moi alors,
il a failli me foutre au tas dès la première ornière faute
d'anticipation, il a rien retenu du stage. On avait dit debout sur les cales
pieds espèce de nigaud.
Colonel Hathi: je ne vous
parle pas du mien alors qui se prend pour Peterhensel (Glossaire: multiple vainqueur du Paris Dakar). Il prend la
confiance, roule comme un demeuré dans les flaques de boue, regardez dans quel
état je me trouve, j'ai de la merde jusque sur mes optiques. Va falloir qu'ils
se calment tous, sinon on fait une grève du démarreur.
Manny: Fait chaud les filles, mon ventilateur fonctionne non-stop. J'ai mal aux pneus, c 'est quand la pause?
Babar : oui moi aussi je commence à fatiguer je boirais bien un coup d'octane 95.
Tentor: Ouf enfin un
peu de fraicheur, la fin de journée approche vivement le bivouac que je puisse reposer
ma béquille. Mais, mais, il est con ce con, Attentionnnnn je vais me casser
la gueule. et M...e . Ho misère ce bourrin n'est même pas capable de me
béquiller correctement et je me retrouve les pneus en l'air dans une position
totalement indécente. Et surtout ne venez pas m'aider !!!
Manny: dis-moi Tentor, j'ai comme l'impression que tu vas subir pendant ce voyage, j’ai comme une prémonition.
Tentor: ho méfie-toi également, comme on dit dans le 93 "c'est à la fin
de la foire qu’on compte les bouses"
Les 4: ouah le pied,
la route est au top, il ne fait pas trop chaud ce matin et ce bitume un
vrai régal pour nos pneus, du vrai velours je te dis.
Le GPS: (oui, lui aussi
à son mot à dire) Bon les gonzesses c'est pas fini ce bavardage ? je ne
voudrais pas jouer les mauvais coucheurs mais j'annonce que nous allons rentrer
dans un monde merdique. Dans moins de 100 mètres c'est off road pour
tout le monde.
Les 4: ha bah non, j'ai
encore la couche de boue de la veille, ces gorets n'ont même pas eu la décence d'effacer les traces de leurs méfaits, à part sur
les optiques, rien que dalle nada, aucune considération. Nous voici parties
pour une séance de rodéo de presque deux heures pour nous
retrouver dans un cul de sac sans intérêt. Dis donc Manny,
ton patron, ce ne serait pas un guignol?
Manny : ho molo
les basses, sans vouloir le disculper totalement, je trouve effectivement qu'il
a un comportement bizarre, il se tortille sans arrêt sur ma selle,
j'ai l'impression qu'il n'est pas au mieux de sa forme.
Colonel Hathi: c'est moi ou il fait vachement chaud? J'ai l'impression d'avoir de la fièvre je suis à presque 100 degrés.
Tentor : non non ne t'inquiète pas, nous aussi nous sommes
en ébullition, mais crois nous, profite du temps clément car nous sommes
prêtes à parier que dans quelques semaines quand nous aurons changé de
latitudes nous regretterons toutes ce petit coup de chaud .
Le passage de Gués.
Les 4 :Heu?? il
est trop tôt pour prendre un bain non? En même temps ça fait des jours que
nous chialons pour avoir le plaisir d'effacer toutes les traces
d'ignominie sur nos carénages, alors c'est peut-être le bon moment? Oui
c'est pas faux, mais vous occultez une donnée importante, c'est que nos pilotes
ne sont pas des cadors et nous risquons sérieusement de boire la tasse et
en ce qui me concerne je n'apprécie pas plus que ça l'eau dans mes cylindres.
Bon, pas le choix de toute façon faire le chemin inverse est une
véritable tannée et connaissant ces "4 gugusses" je suis
prête à parier un de mes joints de culasse qu'ils ont déjà une demie molle rien qu'à l'idée de se la jouer
"Indiana Jones" et pour le coup je mettrais bien une pièce sur
le fait que c'est Babar qui va ouvrir le bal.
Bon c'est passé avec toutes les précautions d'usage,
c'est à dire un mec de chaque côté histoire de bien nous encadrer
avec passage au ralenti mais il ne va pas falloir jouer la scène tous les
jours et pour les pistes en Islande, il va falloir revoir la copie.
Le passage en bac
Tentor: Mais
elle est où la route? bah na pus d'route. Ha non surement pas, moi je ne monte
pas sur ce rafiot, déjà le passage du gué c'était limite, mais là c'est
trop. Sur ma carte d'identité (ou feuille des mines) il n'est pas stipulé
que je doive me transformer en engin amphibie et soit dit en passant si jamais
ça doit tourner vinaigre j'ai tout de même 70 kgs de paquot sur la couenne ce
qui veut dire en clair que je vais nager comme une enclume. Alors Fuck je ne
bouge pas d'un rayon.
Les autres: Ho tu
ne vas pas nous gaver et faire "ta sucrée" ramène ton châssis tu vas
finir par nous mettre en retard et nous n'avons pas envie de rouler de nuit.
La révision
Manny: Berk berk berk, ce matin j'ai les soupapes qui collent, et l'huile qui fige, je ne serais pas contre une petite journée de soins intensifs, genre vidange, changement de bougies et tant qu'à faire pourquoi pas passer chez le chausseur histoire de ne pas finir sur les jantes.
Les 3 autres: tu
m'étonnes Simone et pourquoi pas une vidange du cardan et un coup de cils
sur les plaquettes. Allez go on allume de concert nos voyants d'alerte sur les
tableaux de bord? Histoire de se faire poupouter en concession?
Hum trop bonne cette petite journée Off! Un vrai régal
cette 15W40 j'en reprendrais bien une petite lichette. Pas de roulage
aujourd'hui, juste du temps pour nous. Un repos bien mérité, enfin nos
"baltringues" vont nous lâcher les gommards Glossaire:
pneus.
Dîtes moi cher mécanicien, pendant que vous y êtes merci
de resserrer mes rayons et de vérifier l'état de mon liquide de freins,
vous serez bien aimable. Hé les filles,
comment vous trouvez mes nouveaux pneus pas mal non? Je n'ai pas trouvé la
sacoche de réservoir qui va avec, c'est dommage.
Tiens voilà nos "pilotes", y font grise mine. Bah oui les gars ce n'est pas tout de vouloir "rouler carrosse"
il faut avoir les moyens de ses ambitions. Pour entretenir des jeunettes il faut sortir
"l'artiche". Et allez-y mollo, nos pneus sont couverts de paraffine.
Le mauvais temps
3 semaines de canicule depuis le départ et hier première douche d'orage (il était temps nous commencions à sentir le goudron pas frais). Le lendemain arrivée en Suisse et là y se passe quoi? On va aux sports d'hiver où bien? 2400 m., 0° degré et la neige qui tombe! Notre mode Rain pour une conduite souple va être limite et on n'a pas de mode Snow... Y'a plus qu'à faire confiance à nos cornacs. Un temps comme ça c'est un coup à se gripper le cardan...
Fait C..r il drache encore ce matin, nous avons les
selles qui dégoulinent et à ce rythme-là, un de ces 4 matins, nous allons rester
aphones.
Vous croyez qu'ils ont une once de considération pour nous, mais que dalle. A peine arrêtés ils ne pensent qu'à leur petit confort, ils se jettent sur le dépliage de leur matos qui a au moins un intérêt pour nous c'est qu'enfin nos amortisseurs peuvent souffler un peu dès que les paquetages ont été retirés, mais à part ça ??? ha si juste un poil d'attention au moment du "béquillage" pour ne pas se retrouver comme des couillons au "roulé-boulé le pachyderme".
Colonel Hathi: Nous sommes sous la flotte au bout de l'Europe et malgré tout, les
paysages sont magnifiques. Mais croyez-vous que mon cornac ait pris la précaution de me garer face à la mer pour que je puisse au moins
profiter du spectacle? Et bien non je sers juste de paravent pour
éviter que sa guitoune ne s'envole et j'ai le cul qui regarde la
grande bleue. Quelle vie de misère. Et demain la météo ne sera pas plus
clémente, c'est clair depuis que nous sommes en Europe du Nord, il vase
tous les jours. Vivement le retour à Draguignan où le soleil brille et où mon
doux sous-sol n'attend que moi.
Le bivouac
Les 4: C'est un moment
redouté, nous craignons toujours pour notre intégrité physique. C'est l'instant
où tu peux te retrouver en quelques secondes en vrac comme une grosse bouse. En
effet, le dernier béquillage est souvent délicat. Sans doute la fatigue et la
flemme, l'empressement et les terrains souvent peu propices et boum, nous nous
retrouvons en vrac pour augmenter nos scores à" roulé-boulé le
pachyderme" Pour le coup c'est Babar qui
peaufine régulièrement son score digne d'un match de handball et
comme expliqué dans l'un des épisodes, l'avant dernière gamelle a
failli avoir des conséquences fâcheuses. Mais le bivouac c'est aussi pour
nous comme pour eux le moment où tu lâches prise, le sentiment du devoir
accompli. Ouf nous sommes entières et eux aussi et à bien y regarder, pour des
mecs de plus de 60 ans ils ne sont pas trop impactés par les kilomètres
accumulés.
C'est sous un clignement d'optique que nous les voyons
s'affairer à la sempiternelle organisation du campement. Pour le coup
nous ne sommes plus leur préoccupation première, ils nous "lâchent la
grappe" même si secrètement nous ne serions pas contre un petit coup de
chiffon ou un petit check. Quand le temps le permet nous avons tout de même
droit à l'apposition du sticker du pays traversé, c'est comme une médaille en
récompense des services rendus, nous devons avouer que c'est un moment que nous
apprécions particulièrement.
Quand la météo et la proximité le permettent, quand la
nuit est tombée (quand il y a une nuit) et que les humains sont en Off et bien
nous aussi nous trainons à la veillée pour échanger nos impressions sur la journée
de roulage, car nous aussi nous "kiffons" cette aventure.
Lorsque nos pilotes croisent d'autres motards en
adressant un salut ils ne savent pas qu'en secret nous faisons la même chose
sans avoir la barrière linguistique car notre langage est universel.
Le départ de Manny
Les 3: Ho Manny? c'est nous, ou tu te traines la bite? c'est pire de jour en jour, Y a un truc qui cloche ? "tu as un petit pois qui ne veut pas cuire" .
Manny :Ouaip,
je ne sais pas ce qui se passe mais depuis un bout de temps je ne le sens
pas mon gars. Il n'est "pas aux affaires". Chaque matin il
m'enfourche comme si il allait à la mine. J'ai comme un mauvais pressentiment pour la suite du voyage.
Les 3: ho tu déconnes ne nous fais pas ce coup-là, on va se sentir seules sans toi.
Manny: bah vous croyez quoi ? ça me fait mal au pot d'échappement mais que voulez-vous que j'y fasse si mon pilote a une colonne vertébrale en papier crépon.
Les 3: Allez on va faire une pause et ça ira mieux après.
Manny
: Mouais!!! c'est pas certain .
Bon ca y est c'est officiel, Notaire rentre à la maison! Il est au bout de sa vie et Tallinn sera la fin de mon voyage. Fait c..r .
Tentor: ho dis-moi tu as de la buée sur tes phares?
Manny : non
non c'est rien, j'ai une poussière dans l'optique.
J'y
crois pas, je suis seule sur le trottoir devant cet hôtel. Mon pilote a pris
l'avion et doit sans doute ruiner une boite de kleenex assis sur son canapé à déprimer sur ce coup du sort. De mon côté je vois les jours et les nuits défiler
sous un ciel incertain en attendant un rapatriement vers l'hexagone. Quelle sensation
hors norme, je me sens seule dans ce pays qui n'est pas le mien.
Tiens qui c'est ce mec qui monte sur ma selle, il a
mes clefs en main ce n'est donc pas un voleur !! Il a l'air sympa et c'est tant
mieux car visiblement c'est ce bonhomme qui va prendre le guidon pour me
ramener dans le sud de la France.
Ho putainggg que c'est pénible ce retour par autoroute sous la canicule. Sans compter les bouchons interminables qui jalonnent la traversée de l'Allemagne.
Pensez donc, 3000 kms en 4 jours. Le driver est à la hauteur
mais il est totalement cramé et c'est avec fierté et sentiment du devoir
accompli qu'il remet les clefs à mon pilote officiel qui sort de sa torpeur en
short tongs.
Comme lui, je garderais longtemps ce sentiment
d'amertume et de voyage inachevé mais je suis de retour au bercail et lui aussi
et c'est bien le principal.
Le ferry
Nous ne retiendrons pas grand-chose de positif de
ces intermèdes marins. Souvent réveillées tôt le matin, sans une petite période
d'oisiveté pourtant nécessaire au bon déroulement de la journée. Nous nous
retrouvons entassées à la porte des soutes. Le vacarme est assourdissant, la
tension palpable. Vient le moment de l'embarquement où les hommes en jaune te
pressent et te compressent, nous nous retrouvons avec l'optique de phare dans
le cul de la frangine de devant et pour terminer le travail, nous sommes arrimés comme du bétail. Même pas un coup d'œil compatissant de la part de nos
cornacs qui ne pensent qu'à rejoindre leur cabine ou le bar à proximité. Est ce
qu'ils imaginent un seul instant que pendant que ces messieurs vont se la jouer
" La croisière s'amuse" nous allons rester dans le noir et l'humidité
pendant des heures, voire des jours, à essayer de ne pas régurgiter notre huile moteur. Sachez messieurs que nous aussi nous pouvons avoir le mal de mer.
L’Île de Man
Les musulmans vont à la Mecque, les cathos font Saint
Jacques de Compostelle et les motards vont sur l'Île de Man. Pour le coup merci
de nous avoir fait faire ce petit crochet car peu de motos peuvent se targuer
d'avoir eu la chance de fouler le sol de cette île ho combien
sanctuarisée.
Nous pouvons dire fièrement "nous y étions » et
le sticker accolé sur la bulle de nos carénages est comme pour vous les humains, une véritable légion d'honneur. L’ile
de Man, c'est comme une immense réunion de famille où nous découvrons nos
ancêtres, nos cousines et nos sœurs sur une terre qui respire, qui vibre et qui
malheureusement pleure aussi parfois la disparition de certaines. Au repos au
campement nous n'aurons pas la chance de voir la course de nos ancêtres, mais
à entendre le rugissement de leurs moteurs nous savons que c'était
jour de fête
Pour le coup, la prise du ferry qui nous a conduit sur
ce lieu a une saveur toute particulière. L'immense hangar qui nous abrite
pendant quelques heures est une explosion de joie et comme vous savez
maintenant que notre langage est universel, je peux vous assurer que nous avons
fait une "teuf" de tous les diables, mais chut, les humains ne
doivent pas le savoir, ils sont bien trop cartésiens pour comprendre.
Barcelonnette - Alpes Aventure Motofestival
Bon mes filles, ça y est c'est le final aujourd'hui, quelques kilomètres nous séparent de Barcelonnette. Bah si, rappelez-vous nous
allons retrouver Manny et Scrat et nos "gars" ont rdv avec la
gloire.
Heu mais c'est quoi tout ce bordel sur cette route de
montagne? C'est qui ces demeurés qui déboulent dans tous les sens et à des
vitesses prohibées? Ils ne feraient pas long feu en Finlande et pour
le coup ce serait direct la case prison.
He Manny, Scrat, cómo va en casa?
Manny et Scrat: Salut les baroudeuses alors contentes de rentrer dans l'hexagone?
Les 3: mais carrément ici le goût du sans plomb 95 est incomparable. Mais il se passe quoi ici? C'est quoi toutes ces frangines qui se la pètent baroudeuses et qui sont incapables de monter un trottoir !!?
Manny : ouaip
laisse tomber ce sont des petites bêcheuses, venez on va essayer de se trouver
une place dans tout ce bordel afin que vous puissiez nous raconter la suite de
l'aventure.
Colonel Hathi: Heu
c'est qui ces "gaziers » avec leurs micros et caméra ? hé mec le
droit à l'image tu connais? Ouf voilà mon "cornac". De quoi ils
parlent, ils demandent si mon paquetage c'est de l'esbrouffe? ils demandent si
nous sommes des "faire valoir" non mais je vais lui coller un coup de
Michelin Anakee pour lui apprendre la politesse. Moi Mossieur j'arrive du cap
Nord et je t'e......e
Finalement ils ne sont pas si méchants que ça et je crois comprendre que je vais avoir un petit instant de gloire sur leur chaine YouTube. Hé Tentor toi aussi tu as décroché une interview?
Tentor: oui mais moi c'est plus pour mon look de moto de romanichel, donc pour mon heure de gloire, j'ai un doute.
Les 4: houa la classe!!! Nous sommes VIP et à ce titre nous avons droit à une place d'honneur
au beau milieu de cette foule de curieux. Nous devons avouer que nous ne
boudons pas notre fierté. Notre look de baroudeuses dégueus et bardées de
stickers fait son effet. Nous sommes bien plus admirées que dans les shows room
d'où nous venons. Nous pouvons remercier nos gars de nous avoir emmenées dans
cette aventure. Ça n'a pas été tous les jours la fête du slip mais un
GRAND MERCI les garçons.
Le retour maison
Nous sommes gâtées, la route pour les derniers
kilomètres est comme les 32 300 qui ont précédés, absolument sublime. Le
col d'Allos pour ceux qui ne connaissent pas est un incontournable. Ce matin
nous avons des ailes, le rythme est assez élevé. Il ne faudrait tout de même
pas que par un excès de confiance nos pilotes commettent l’irréparable.
Nous aussi nous sommes au taquet, comme on dit, l'odeur de l'écurie.
Colonel Hathi: c'est bizarre ce sentiment du
devoir accompli, ces derniers kilomètres qui défilent comme si j'étais un tapis
volant. C'est à peine si je reconnais les paysages de mon pays. 4 mois
loin de tout ça, ce n'est pas rien.
Quelle chance j'ai d'habiter dans ce coin de France.
Mon compteur affiche maintenant plus de 51 000 kms et je peux dire que j'ai
passé l'Age de l’adolescence. Pourtant je m'émerveille encore devant ces
paysages qui n'ont rien à envier à ceux qui ont défilé sous mes roues pendant
cette aventure.
Les copines sont derrière moi et je suis certaine
qu'elles partagent mes sentiments. Pour Manny ce sera le retour dans le Gard
dans deux jours et pour Babar ce sera un peu plus tard pour rejoindre la
banlieue parisienne. Babar m'a confié
que ça ne durerait pas aussi longtemps que les contributions et que
prochainement elle aussi irait faire bronzer ses cylindres au soleil du
sud.
Draguignan surgit au bout de la route, encore quelques
centaines de mètres et l'aventure va se terminer. Mon moteur stoppe pour la
dernière fois de ce périple. Le soleil est là, les amis aussi, ouf je suis
rentrée à la maison saine et sauve et les copines aussi.
Ce soir nous partagerons mon sous-sol pour échanger
nos sentiments mêlés et nous veillerons sans doute assez tard alors que nos
pilotes sont déjà en shorts et tongs
Tiens y’a mon Cornac qui vient trainer ses guêtres
dans le coin. Il se penche vers moi, je ne comprends pas trop ce qu'il raconte
mais visiblement il y a comme du tremolo dans sa voix et j'ai l'impression
qu'il me remercie. Moi aussi mec je te remercie pour ce voyage et pour ta
prudence qui a permis que je rentre en un seul morceau. Demain sera sans
doute l'heure de la remise en état et d'un nettoyage complet.
Heu dernière chose,
ne me vends pas tout de suite, j'ai fini par m'attacher…
Bises Pachydermiques.




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